Nadia Massé, entraîneuse de Kaylia Nemour : des origines algériennes à l'élite mondiale

Photo: TSA

On ne peut pas encadrer Kaylia Nemour sans sortir de l’ombre. Nadia Massé commence à se faire un nom en Algérie, un pays avec lequel elle a renoué en 2018, bien avant que la championne olympique et mondiale ne fasse briller ses couleurs sur la scène internationale. 

Depuis lors, elle a tissé une relation particulière, empreinte d’engagement, de convictions et d’un désir profond de contribuer au développement de la gymnastique algérienne.

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Son héritage algérien et son prénom à consonance locale l’aident-t-ils ? La coach sourit et précise. Bien que Nadia soit un prénom courant en Algérie, elle le doit en réalité à la légendaire gymnaste roumaine Nadia Comăneci.

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Nadia Massé, un prénom hérité, une histoire liée à l’Algérie

Née en France en 1978, elle est la fille de Noureddine Boudjellal, originaire d’Oran, arrivé en France en 1967 à l’âge de 14 ans, et d’une mère d’origine espagnole. Son prénom vient de sa mère, admirative de la légendaire gymnaste roumaine qui a marqué l’histoire des Jeux olympiques de Montréal en 1976. Une petite anecdote familiale amusante : son père espérait un garçon pour son premier enfant ! 

Un joli clin d’œil du destin pour celle qui consacrera une grande partie de sa vie à la gymnastique. Comme si cette passion était inscrite dans son destin avant même ses premiers pas.

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Massé sonne moins algérien. « C’est mon nom d’épouse », explique-t-elle simplement. Mère de trois enfants, Nadia a construit sa vie en France sans jamais rompre ce lien profond avec ses origines algériennes.

Un attachement qui va bien au-delà d’un simple nom ou d’une nationalité. Il s’inscrit dans une histoire familiale, une transmission et des valeurs héritées de son père et de ses grands-parents.

Enfant, son père ne l’a emmenée qu’une seule fois en Algérie. Pourtant, ce pays a toujours occupé une place particulière dans son histoire. Dès son arrivée en 2018 pour commencer une collaboration bénévole avec la Fédération algérienne de gymnastique, elle entreprend également de renouer avec une partie de ses racines familiales.

La quête de mémoire et la volonté de servir l’Algérie

En 2022, lors des Jeux méditerranéens d’Oran, elle tente de retrouver la tombe de sa grand-mère dans le grand cimetière de la ville. En vain. Une démarche hautement symbolique, révélatrice de l’importance qu’elle accorde à la mémoire familiale et à la transmission.

Son rapprochement avec la gymnastique algérienne a débuté en 2018, à un moment de transition dans sa carrière professionnelle. Après plusieurs années consacrées à la formation et à l’encadrement de gymnastes de haut niveau en France, Nadia Massé se trouve en désaccord professionnel avec la Fédération française de gymnastique. 

Mais son engagement envers l’Algérie ne se limite pas à cet épisode. Il reflète une volonté de mettre son expérience au service d’un pays auquel elle se sent profondément liée.

Nadia Massé a commencé la gymnastique à l’âge de 5 ans. Bien qu’elle ait dû mettre un terme relativement tôt à sa carrière de compétitrice, elle n’a jamais quitté ce domaine. En parallèle de son parcours professionnel et de ses études en management et commerce, elle poursuit sa formation sportive, obtient ses diplômes d’entraîneur et consacre plus de vingt-cinq ans à la formation de jeunes gymnastes.

Son influence dans la gymnastique française est loin d’être négligeable. Trois des six gymnastes de l’élite française à l’époque ont été formées par elle. Une fierté pour cette entraîneure qui a toujours vu la formation comme l’une des missions les plus nobles de son métier. 

Son conflit avec la Fédération française, qu’elle a porté devant les prud’hommes, constitue une étape marquante de son parcours. « Je ne supporte pas l’injustice », confie-t-elle. Une conviction qui va bien au-delà du cadre sportif et qui a toujours guidé ses choix. 

La double nationalité apparaît alors comme une richesse, une opportunité de construire des ponts entre deux pays plutôt que de devoir choisir entre eux. Quelques années plus tard, Kaylia Nemour allait également écrire une nouvelle page de cette histoire partagée entre la France et l’Algérie. 

En Algérie, Nadia Massé découvre bien plus qu’un aspect de ses origines. Elle croise des personnes motivées par le désir de progresser, une ambition sportive et des valeurs qui résonnent en elle.

« J’y ai découvert une grande intelligence, une quête d’excellence et des valeurs qui me sont chères : le travail, la loyauté, le respect et la justice », confie-t-elle.

Son histoire familiale l’a aussi poussée à s’intéresser très tôt à l’histoire de l’Algérie, notamment à la période coloniale et à la guerre d’indépendance. Une histoire transmise par son père et ses grands-parents, qu’elle a continué à explorer au fil des années.

Elle regrette notamment que certains épisodes de cette histoire, marqués par de profondes injustices et des violences, n’aient pas toujours la place qu’ils méritent dans l’enseignement français.

Ayant elle-même grandi avec un nom de famille algérien, elle sait que les origines peuvent parfois engendrer des préjugés. Mais loin de vouloir opposer les peuples, elle défend une vision fondée sur le respect, la compréhension de l’autre et le rejet des discriminations.

Pour elle, l’identité ne se limite pas à un passeport ni à un lieu de naissance. Elle se construit également à travers la mémoire, la transmission et les valeurs que l’on choisit de faire perdurer.

Un rôle clé dans le choix de Kaylia Nemour

 

Il n’en demeure pas moins que Nadia Massé a contribué à ouvrir la voie en présentant le projet à Sofiane Zahi, de la Fédération algérienne de gymnastique. « Je lui ai dit qu’il y avait des talents, notamment une jeune gymnaste en France qui souhaitait porter les couleurs de l’Algérie… »

La suite appartient désormais à l’histoire de la gymnastique mondiale. Cependant, Nadia Massé ne cherche pas à transformer cette aventure en règlement de comptes avec la Fédération française de gymnastique. Elle tient à distinguer les décisions institutionnelles des intentions de ceux qui les ont prises. 

Concernant les difficultés rencontrées par Kaylia pour reprendre la compétition après son opération, elle admet que les décisions avaient été prises sur la base d’éléments médicaux et avec l’intention de préserver la santé de l’athlète. 

Une position qui illustre sa volonté de ne pas réduire des situations complexes à des oppositions personnelles. Après plus de vingt-cinq ans consacrés à la formation et à l’accompagnement des gymnastes, la carrière de Nadia Massé prend une nouvelle dimension en 2025. 

 « Le plus difficile, c’est de rester au sommet » 

Lorsque Kaylia Nemour décide de redéfinir son parcours sportif, elle choisit de lui confier la poursuite de sa préparation, après plusieurs années de collaboration avec Marc et Gina Chirilcenco, qui l’ont accompagnée jusqu’au titre olympique. Une responsabilité immense, que l’entraîneure aborde avec humilité et détermination.

« Cette idée est sans doute dans l’esprit de tous, mais la carrière d’un athlète et celle d’un entraîneur sont ainsi faites. Kaylia m’a choisie et je dois donner le meilleur de moi-même pour l’aider à rester au sommet. Il est difficile d’atteindre le haut niveau, mais le plus ardu, c’est d’y demeurer. »

Nadia Massé comprend ce que cela implique. Accompagner une championne olympique ne se limite pas à élaborer des programmes d’entraînement ou à chercher de nouvelles difficultés techniques. C’est aussi saisir une personnalité, partager des doutes, surmonter des moments difficiles et établir une relation humaine suffisamment solide pour faire face aux exigences du très haut niveau.

Car derrière les médailles se cachent des années de travail, des sacrifices, des remises en question et une exigence quotidienne. Pour cette mère de trois enfants, dont la vie oscille entre sa famille et les gymnases, la réussite sportive ne peut être dissociée des valeurs humaines.

Et si son parcours l’a menée des gymnases français aux plus grandes compétitions internationales sous les couleurs algériennes, Nadia Massé semble avoir trouvé dans cette aventure bien plus qu’une consécration professionnelle.

Une façon de rassembler ses racines, ses convictions et sa passion pour la gymnastique, avec cette même volonté de transmettre, de construire et de contribuer à faire briller l’Algérie sur la scène internationale.