Taekwondo : « La transition est plus complexe que la carrière », Cheick Cissé annonce sa retraite.

Le taekwondoïste ivoirien Cheick Cissé, médaillé d'or aux JO de Rio en 2016 et champion du monde en 2023, a pris la décision de mettre un terme à sa carrière après avoir été l'un des plus grands ambassadeurs de son sport en Afrique. Dans un entretien avec RFI, il évoque son parcours et partage ses projets et aspirations pour cette nouvelle phase de sa vie.
Publié le :
5 min Temps de lecture
L'Afrique perd l'un de ses plus grands athlètes sur les tatamis. Après 13 années de compétition, avec deux médailles olympiques, dont l'or à Rio en 2016 et un titre mondial en 2023, Cheick Cissé a choisi de se retirer pour se consacrer à un nouveau chapitre de sa carrière sportive.
Véritable figure emblématique du taekwondo en Côte d'Ivoire et sur le continent africain, Cheick Cissé a marqué l'histoire en devenant le premier champion olympique ivoirien lors des JO de Rio en 2016, année où sa compatriote Ruth Gbabi a également remporté une médaille de bronze dans cette discipline.
La reconversion, « c'est un aspect crucial, parfois plus difficile que la carrière elle-même »
Avec un palmarès impressionnant et une vie dédiée à son sport, le natif de Bouaké est conscient des défis que représente la transition vers la vie après la compétition pour de nombreux athlètes. « C'est un aspect crucial, parfois même plus difficile que la carrière. Un athlète est habitué à voyager, à s'entraîner, à participer à des compétitions... Ensuite, si l'on ne prépare pas correctement sa reconversion, on peut subir un choc psychologique », a-t-il déclaré au micro de RFI.
Mais le champion ivoirien n'a pas attendu le dernier moment pour envisager son avenir et se fixer de nouveaux objectifs, au point que la peur du vide semble l'avoir épargné. « Tout est déjà planifié. J'ai eu la chance d'être entouré par une excellente équipe qui me permet de ne pas ressentir de vide dans mon parcours, dit-il. Personnellement, j'aime le risque, l'engagement, le combat. Avec mon équipe, nous avons tout préparé pour éviter tout vide. Aujourd'hui, je pense que la présidence de la Fédération est quelque chose qui me passionne. C'est dans le même domaine, dans mon cadre sportif, où je me sens très à l'aise et je suis convaincu que cela fonctionnera », explique Cheick Cissé.
À lire aussiJO 2024: la Côte d’Ivoire et le taekwondo, une histoire d’amour olympique
Devenir un modèle en dehors des compétitions
En tant que référence pour toute une génération de jeunes Ivoiriens, il suscite également la fierté de son premier entraîneur Lucien Christian Kragbé, qui l'a formé dès son enfance au sein du club d’Ineka à Koumassi, une commune d'Abidjan. « C’est une immense fierté d'avoir eu Cheick, qui est arrivé ici à l'âge de 10 ans. Nous avons fait de lui un compétiteur, nous lui avons inculqué l'esprit de combat », a déclaré Kragbé à RFI, avant les Jeux olympiques de Paris.
Maintenant, Cheick Cissé souhaite aussi montrer l'exemple dans d'autres domaines que le sport : « Je suis très fier de figures comme Didier Drogba ou Samuel Eto'o, qui ont été des exemples non seulement sur le terrain, mais aussi en dehors. C'est ce modèle que je veux suivre, car les athlètes ont souvent cette image qu'ils ne sont bons que dans l'arène, puis plus rien ».
« Je veux affirmer qu'aujourd'hui, les athlètes peuvent jouer un rôle important dans tous les domaines et il est essentiel d'exploiter au maximum leur potentiel, car nous avons un mental solide. Au cours de nos carrières, nous avons dû faire face à des déceptions, mais nous nous sommes toujours relevés car nous avions la responsabilité de défendre notre pays, et nous l'avons fait. Je pense que ce mental doit être transmis à la nouvelle génération. Nous pouvons être performants dans tous les aspects de la vie », affirme-t-il.
À lire aussiCôte d'Ivoire: comment le taekwondo est devenu l'art martial préféré des Ivoiriens [2/3]
« J'ai ressenti le soutien de mon continent »
L'athlète, à travers la Fondation Cheick Cissé, a déjà commencé à s'engager pour promouvoir le taekwondo en Côte d'Ivoire, notamment auprès des jeunes. « Avec la fondation, nous sommes dans un esprit de solidarité. La base, ce sont les entraîneurs. Ce sont eux qui forment de grands champions, insiste le champion olympique 2016. Nous essayons de mener des actions solidaires pour équiper et nous nous engageons dans la détection et le suivi des talents, afin de former des champions, pas seulement sur le terrain mais aussi en dehors. Des exemples et de futurs leaders pour demain », précise-t-il.
Et quand il est interrogé sur le chemin parcouru, Cheick Cissé admet ne pas avoir eu le temps d'apprécier pleinement ses succès. « Le problème des athlètes, c'est que nous n'avons pas le temps de savourer nos victoires. Nous avons juste le temps de célébrer et ensuite nous passons à un nouvel objectif. Avec du recul, je réalise que j'ai accompli beaucoup de choses », confie-t-il.
Mais lorsqu'il fait le bilan, il tient surtout à exprimer sa gratitude pour le soutien qu'il a reçu du public ivoirien et africain tout au long de sa carrière. « J'ai ressenti le soutien de toute l'Afrique, j'ai vu tous les Ivoiriens me soutenir. C'est moi qui suis sur le tatami, c'est moi qui suis l'athlète, mais c'est surtout grâce à eux. J'ai vu mon continent à mes côtés, cela m'a donné de la force. Si j'ai pu accomplir tout ce parcours, c'est surtout grâce à eux, grâce à leurs prières. »
À lire aussiCôte d’Ivoire: Taekwondo, boom ivoirien et génération dorée [3/3]





