La crise migratoire à Ceuta met Mbappé face aux critiques de l'extrême droite française.

Photo: Hespress

Le star français Kylian Mbappé se retrouve une fois de plus au cœur d'une controverse politique qui dépasse les limites du terrain, subissant des attaques sévères de certains membres et députés de l'extrême droite française en raison de sa position sur une campagne de soutien aux habitants de Ceuta, tout en insistant sur son soutien aux migrants qui ont perdu la vie ou vivent dans des conditions difficiles.

La vague de critiques a commencé après le match entre le Real Madrid et Elche, mardi, lorsque Mbappé, accompagné de son coéquipier Ibrahima Konaté et du Brésilien Vinícius Júnior, a été vu portant une partie d'un maillot avec un slogan de solidarité pour les habitants de Ceuta, au lieu de le montrer entièrement comme l'ont fait plusieurs joueurs de la Liga espagnole.

Le maillot portait l'inscription "Todos somos Caballas", dans une initiative solidaire sur fond de crise migratoire à Ceuta ces dernières semaines, qui est devenue un sujet majeur dans le débat politique et médiatique en Espagne.

Mbappé a expliqué, dans des déclarations au journal "AS" espagnol, que le port du maillot était le résultat d'une décision prise par les clubs, affirmant qu'il n'avait pas refusé de montrer sa solidarité avec les habitants de Ceuta, mais qu'il souhaitait élargir sa position pour inclure les migrants qui ont perdu la vie ou vivent dans des conditions difficiles.

L'attaquant du Real Madrid a déclaré : "Je suis entièrement solidaire avec Ceuta et tous les victimes", ajoutant qu'il voulait également "rendre hommage à tous les migrants qui ont perdu la vie et qui vivent également dans des conditions difficiles".

Le joueur français a confirmé qu'il ne souhaitait pas "hiérarchiser la souffrance", en référence à son refus de placer la solidarité avec les habitants de la ville en opposition à la compassion pour les migrants, une position qui a enflammé le débat en Espagne avant de rapidement se déplacer sur la scène politique française.

Attaque de l'extrême droite

Dès que les photos de Mbappé ont circulé sur les réseaux sociaux, les critiques se sont multipliées de la part de personnalités de l'extrême droite française, notamment des députés et responsables du Rassemblement national.

Le député Julien Odoul, porte-parole du parti, a qualifié la position de Mbappé de "petit acte de voyou", tandis que le député Kevin Mauvieux a écrit sur la plateforme "X" : "Si la honte avait un visage, ce serait celui de Kylian Mbappé".

Le député Alexis Joly a quant à lui décrit le joueur comme un "agent de sabotage au service des ennemis des peuples européens", tandis que la députée européenne Marion Maréchal s'est demandé pourquoi certaines personnalités manifestaient leur solidarité avec "toutes les souffrances du monde" sans montrer la même solidarité envers les Européens.

Des opinions encore plus sévères ont été émises par des responsables locaux du Rassemblement national, certains liant la position de Mbappé au débat français sur l'immigration et l'identité, déplaçant ainsi la question d'un incident sportif lié à un maillot solidaire à une confrontation politique ouverte sur la place du joueur dans le débat public.

En revanche, le capitaine de l'équipe de France a reçu le soutien du parti "La France insoumise", dont le coordinateur national Manuel Bompard a estimé que Mbappé était attaqué parce qu'il refusait de placer la solidarité avec les habitants de Ceuta en opposition à sa solidarité avec les migrants.

Bompard a écrit sur la plateforme "X" que "sa position l'honore", ajoutant que la compassion peut inclure toutes les victimes et tous les affectés.

Ancien conflit

La controverse actuelle n'est pas la première confrontation entre Mbappé et l'extrême droite française, le joueur ayant déjà exprimé à plusieurs reprises des positions politiques et sociales qui ont suscité des critiques de la part de personnalités du Rassemblement national.

L'attaquant du Real Madrid a pris part au débat public avec force après la mort du jeune Nahel lors d'une intervention policière à Nanterre en 2023, avant d'annoncer par la suite son refus de voir le Rassemblement national accéder au pouvoir.

Dans une interview précédente, Mbappé avait exprimé son inquiétude quant à la possibilité d'une victoire du Rassemblement national aux élections présidentielles de 2027, indiquant que cela "le touchait personnellement", ajoutant qu'il savait, comme il l'a décrit, ce que l'arrivée de ce courant au pouvoir pourrait signifier pour son pays.

Mbappé a également défendu son droit à s'exprimer en tant que citoyen, rejetant l'idée selon laquelle les footballeurs devraient se contenter de pratiquer leur sport et s'éloigner des questions publiques.

Le président du Rassemblement national Jordan Bardella avait précédemment répondu à ces positions en affirmant que Mbappé avait le droit de voter et d'exprimer ses opinions, mais l'avait appelé à faire preuve de plus de "réserve" en raison de son immense influence populaire.

Ainsi, la position du joueur sur la crise de Ceuta devient un nouvel épisode dans la relation tendue entre l'un des plus grands stars du sport français et un parti dont plusieurs responsables refusent ses interventions répétées dans le débat politique, tandis que Mbappé maintient son droit à exprimer ses opinions en tant que citoyen français.

Renner entre dans le débat

La tension s'est également étendue au champion de judo français Teddy Riner, qui a lui aussi été critiqué par des personnalités liées à l'extrême droite après avoir exprimé son inquiétude face à la montée de ce courant en France.

Riner a déclaré, lors de sa participation à l'émission "Stade 2" sur la télévision française, que "la montée de l'extrême droite" lui causait "de l'inquiétude" et "de la peur", des propos qui ont poussé Julien Odoul à lui répondre avec ironie sur la plateforme "X", en disant : "Pauvre Teddy, tout ira bien".

Riner est considéré comme l'une des figures les plus emblématiques du sport français, après avoir remporté cinq fois la médaille d'or olympique en judo, et a plus d'une fois laissé entendre qu'il pourrait s'engager en politique après la fin de sa carrière sportive.

Le champion français a renouvelé cette possibilité, mercredi, dans des déclarations à la radio "RTL", en disant : "Ce n'est pas le moment, mais je ne ferme aucune porte", alors qu'il cherche à terminer sa carrière en ajoutant un nouveau titre olympique lors des Jeux de Los Angeles en 2028.

Le débat entourant Mbappé et Riner révèle l'ampleur croissante de l'interconnexion entre le sport et la politique en France, surtout à l'approche de l'échéance présidentielle de 2027, où les positions des sportifs sur l'immigration, l'identité et la montée de l'extrême droite sont devenues une partie d'un débat public très polarisé, dépassant les limites des terrains pour toucher au cœur du conflit politique français.