Tour d’Espagne : la chaleur écrasante, un nouvel adversaire pour les cyclistes

Photo: RFI

Après le Tour de France en juillet, c'est la Vuelta, qui se déroule du 22 août au 13 septembre, qui subit les conséquences des vagues de chaleur intense en Europe cet été. Les cyclistes doivent impérativement se prémunir contre les coups de chaleur et la déshydratation, et les équipes se préparent pour minimiser les risques d'hyperthermie. Deux entraîneurs partagent leurs expériences avec RFI sur les difficultés de rouler sous une chaleur accablante.

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Le dimanche 6 septembre, à cause des températures extrêmes, la 15e étape du Tour d'Espagne a été écourtée, passant de 189 à 110 kilomètres suite à l'activation du protocole relatif aux températures élevées et après une réunion du collège des commissaires.

Bien que la chaleur soit habituelle dans le sud de l’Espagne à la fin de l'été, elle a atteint des niveaux presque sans précédent ces derniers jours. Un record historique pour septembre (avec un pic à 45,7°C) a été enregistré le jeudi 3 septembre dernier en Andalousie. « C’était vraiment étouffant. Nous avons dépassé les limites du supportable. On ne pense plus en termes de performance, mais en termes de protection de la santé de nos coureurs », déclare Mathieu Delafontaine, entraîneur de l’équipe française Cofidis.

Faire face aux vagues de chaleur en Europe

En juillet, le Tour de France a également dû s'ajuster aux températures très élevées. La 9e étape, qui a eu lieu le 12 juillet entre Malemort et Ussel (sud-ouest), est entrée dans l'histoire comme la première en 113 éditions à avoir dû être raccourcie (de 30 km) pour cette raison.

Tout l’été, le peloton professionnel a dû faire face à la chaleur intense et à un bitume devenu brûlant, dans un sport qui pousse déjà les corps à leurs limites physiologiques.

«Lors d'une étape très chaude, nos dépenses énergétiques sont 25 % plus élevées que d'habitude, explique Mathieu Delafontaine. Sur le dernier Tour de France, après quatre jours, nous avions la même dépense énergétique que sur cinq étapes. Au total, nous avons effectué quatre étapes de plus que prévu en termes de dépense énergétique ».

De manière générale, les coureurs du Tour d’Espagne savent que la gestion de la chaleur fait partie intégrante de la course, surtout dans le sud du pays. «À la fin août et au début septembre, nous ne nous attendons pas à avoir douze degrés avec de la pluie. Mais là, c’est particulièrement chaud, donc nous restons vraiment vigilants à ce sujet », ajoute Mathieu Delafontaine.

Épuisement physique et mental

David Han, entraîneur de l’équipe française Groupama - FDJ United, partage le même avis. « Depuis mai, nous avons beaucoup roulé sous la chaleur en compétition, nous dit-il. J’ai même dû ajuster l’entraînement de certains de nos cyclistes. Nous n'avons pas vraiment été habitués à gérer la chaleur sur une période aussi prolongée. Certains ont fait le Tour de France et le Tour d'Espagne, et nous réalisons que c'est très difficile pour eux. On sent vraiment qu’ils manquent d’énergie et que l’épuisement physique se double de l’épuisement mental. C’est compliqué de gérer trois à quatre gros efforts en plein soleil. Un coureur peut voir sa température interne grimper trop haut et être contraint à l'abandon ». 

Il ajoute : « À l’avenir, nous envisagerons de ne plus doubler deux grands Tours consécutivement, cela devient compliqué car le niveau de ces courses est de plus en plus exigeant, le corps est trop sollicité. » David Han évoque comme de nombreux acteurs du cyclisme une révision du calendrier avec un Tour d’Espagne en mai et un Tour d’Italie en septembre. « Mais ce n'est pas simple, c’est un gros chantier ». 

Le Slovène Tadej Pogacar sur le Tour de France 2026.
Le Slovène Tadej Pogacar sur le Tour de France 2026. AFP - THIBAULT CAMUS

Multiples niveaux de protocoles de chaleur

Pour tenter de soulager les cyclistes, l’équipe Cofidis a mis en place plusieurs niveaux de protocoles de chaleur depuis quelques années, en fonction de la température et du taux d'humidité dans l'air. « Avec des températures comprises entre 25 et 27 degrés, et un taux d'humidité inférieur à 70 %, les coureurs sont refroidis avant la course, en portant des gilets de glace. Quand les températures dépassent 27 et 28 degrés, avec une humidité toujours en dessous de 70 %, on leur fournit des poches de glace à placer dans leurs maillots durant l’étape », précise Mathieu Delafontaine.  

Après une étape particulièrement chaude, pour récupérer plus rapidement, les coureurs peuvent prendre un bain de glace et consommer des boissons à température contrôlée, entre huit et douze degrés, qui ont un impact direct sur la température centrale du corps.

« Déjà, à des températures entre 20 et 25 degrés, le corps produit énormément de chaleur. Le corps humain n'est pas idéalement conçu. Nous avons un rendement énergétique qui est inférieur à 30 %. Ainsi, plus de 70 % de notre énergie est utilisée pour évacuer la chaleur. Quand il fait frais, nous devons déjà lutter contre la chaleur. Quand on ajoute un environnement chaud, cela devient vraiment catastrophique, car l'hyperthermie, au sens propre, endommage les neurones et met en grave danger l’intégrité physique de nos athlètes », explique Mathieu Delafontaine.

Protéger la santé des coureurs

Par exemple, le Britannique Ethan Hayter a fait part de ses difficultés lors de la 12e étape. « J’étais malade et j'avais des hallucinations, je m’accrochais à la voiture et je buvais de l’eau en continu, a-t-il confié à Cyclingnews. J’ai vraiment souffert ».

Pour préserver la santé des coureurs, il est crucial de détecter les premiers signes d'hyperthermie. « C'est pourquoi nous communiquons beaucoup avec nos coureurs en course via les oreillettes. Les assistants techniques sur le bord de la route nous transmettent également des informations sur ce qu’ils ont pu observer à leur passage. Nous avons toujours quelqu'un devant la télévision qui peut aussi nous alerter s'il observe un comportement inhabituel. Nous restons constamment vigilants aux premiers signes d'hyperthermie », précise Mathieu Delafontaine. « Avant, le principal ennemi du coureur était le vent, désormais c'est la chaleur », conclut l'entraîneur.