Dans un Sénégal en difficulté, les Jeux olympiques de la jeunesse ne génèrent pas encore d'enthousiasme.

Photo: RFI

Dans le tumulte du marché hebdomadaire de Grand-Yoff à Dakar, l'effervescence commerciale est à son comble, cependant, les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), programmés au Sénégal du 31 octobre au 13 novembre, peinent à s'imposer dans les discussions, loin des préoccupations actuelles des Sénégalais.

Emploi, coût de la vie et revenus : à un mois du coup d'envoi de cet événement olympique historique en Afrique, les priorités des habitants interrogés par l'AFP sont ailleurs.

Arame Diop, 34 ans, venue acheter des vêtements pour ses enfants, ne nourrit pas d'attentes particulières vis-à-vis de cette manifestation considérée comme marquante.

« Avec toutes les difficultés que traverse le pays en ce moment, je ne pense pas que ce soit la priorité actuelle », estime-t-elle, soulignant que les fonds alloués aux infrastructures pourraient mieux servir d'autres besoins.

« De nombreux jeunes diplômés cherchent désespérément du travail sans jamais rien trouver », se désole-t-elle.

Ces Jeux se déroulent dans un contexte économique difficile pour le Sénégal depuis la révélation en 2024 d'une "dette cachée" laissée par l'administration de l'ex-président Macky Sall (2012-2024).

(ARCHIVES) Deux personnes portent la flamme olympique de la jeunesse lors de sa tournée à Dakar, au Sénégal, le 17 septembre 2026 © Carmen Abd Ali / AFP/Archives

Depuis lors, la confiance des partenaires économiques internationaux envers le Sénégal a diminué. Le pays a récemment conclu un accord de principe avec le Fonds monétaire international (FMI) sur un nouveau programme de 2,2 milliards de dollars (1,94 milliard d'euros), qui doit encore être finalisé.

À quelques kilomètres du marché de Grand-Yoff, sur la place Mamadou Diop de Yoff, quelques passants observent le passage de la flamme olympique, qui ne suscite pas l'enthousiasme anticipé.

Penché sur une voiture, Moussa Diop, mécanicien de 19 ans, et son ami Ibrahima Samb, 26 ans, serveur, tentent de comprendre la raison de ce rassemblement.

Informé de la tournée de la flamme, Ibrahima Samb déclare :« Ces Jeux, nous aurions vraiment pu nous en passer vu la situation actuelle du pays, ou du moins les reporter. Les gens souffrent. Ils ne travaillent même plus pour vivre, mais pour survivre ».

Depuis plusieurs mois, les Dakarois vivent au rythme des travaux de rénovation des infrastructures et des espaces publics pour préparer les Jeux.

Contactées par l'AFP, les autorités sénégalaises n'ont pas précisé le coût de ces travaux. Cependant, le budget 2026 prévoit environ 139 millions d'euros pour le programme d'infrastructures des JOJ.

De plus, l'Agence française de développement (AFD) a octroyé un prêt de 80 millions d'euros au Sénégal pour réhabiliter des installations sportives et créer des équipements de proximité.

Déguerpissements

Assis sur la table qui lui sert de stand, Mamadou Ndiaye, vendeur ambulant de 43 ans, évoque avec amertume le déguerpissement de plusieurs vendeurs à la sauvette pour dégager les trottoirs de la capitale sénégalaise.

« On ne peut pas sacrifier des milliers de pères de famille qui peinent à payer le loyer, la scolarité de leurs enfants ou à subvenir aux besoins de leurs proches pour un événement qui dure moins d'un mois », proteste-t-il.

« À quoi bon avoir toutes ces infrastructures, si les gens ont faim ? » s'interroge-t-il, ajoutant que les fonds dépensés pour ces JOJ auraient dû être utilisés pour renforcer l'emploi, l'agriculture et les activités génératrices de revenus.

À quelques pas de là, Ibrahima Baldé, assis sur son tabouret après une journée de travail acharné, abonde dans son sens.

« La priorité, à l'heure actuelle, c'est le coût de la vie : l'électricité, l'eau, la nourriture, les loyers. Tout a flambé..», déclare-t-il, ajoutant que « le pays se préoccupe d'autres questions que celles des infrastructures ».

(ARCHIVES) Un porteur de la flamme olympique de la jeunesse défile à Dakar, au Sénégal, le 14 septembre 2026 © PATRICK MEINHARDT / AFP/Archives

Mais, au fur et à mesure qu'il aborde les Jeux, son propos se nuance. Il reconnaît leur potentiel pour les petites entreprises locales.

« De nombreux pays vont envoyer des délégations, qui viendront avec leurs devises. Le petit commerçant en tirera profit, tout comme les secteurs du transport et de l'hébergement », espère-t-il.

Espoir d'un regain d'activité

(ARCHIVES) Vue générale d'un marché dans le centre-ville de Dakar, au Sénégal, le 2 septembre 2026 © PATRICK MEINHARDT / AFP/Archives

Au village artisanal de Soumbédioune, sur la Corniche de Dakar, l'arrivée imminente des athlètes génère beaucoup d'espoir parmi les artisans, entourés de statuettes et d'objets d'art sénégalais.

Aliou Sow, 70 ans, secrétaire général d'une association de sculpteurs, considère les JOJ comme une « opportunité économique » en ces temps « difficiles ».

« Avec tous les participants attendus, cela peut être très bénéfique pour le Sénégal », affirme-t-il.

(ARCHIVES) Un porteur de la flamme olympique de la jeunesse lève la flamme lors de sa tournée à Dakar, au Sénégal, le 17 septembre 2026 © Carmen Abd Ali / AFP/Archives

À l'autre bout du village, cependant, les attentes demeurent modérées. Anna Sèye, 36 ans, artisane, considère que les JOJ « pourraient être bénéfiques », même s'ils ne sont pas « complètement » une priorité.

« Nous espérons des étrangers qui pourraient stimuler le commerce », dit-elle, plaidant pour avoir la possibilité de présenter ses produits sur les lieux des Jeux.