Mbappé–Yamal : la récente bataille médiatique sur le champ du Ballon d’Or

La lutte pour obtenir le Ballon d’Or est plus intense que jamais, à moins d’un mois de l’annonce des résultats. D’un côté, Kylian Mbappé, qui affirme : « il n’y a pas meilleur que moi la saison précédente », de l’autre, Lamine Yamal, nouveau champion du monde qui redéfinit les attentes autour de ce prix. Ainsi, le Ballon d’Or 2026 se joue autant sur le terrain qu’au sein des médias.
Les votes pour le Ballon d’Or ont été clôturés lundi, mais les arguments des principaux candidats continueront peut-être jusqu’au 26 octobre, date à laquelle la plus haute distinction individuelle du football sera attribuée à Londres, après une campagne médiatique tonitruante.
De l'alternance entre Lionel Messi et Cristiano Ronaldo pendant une décennie au boycott du Real Madrid en 2024, furieux que Rodri ait été sélectionné devant l’attaquant merengue Vinicius Junior, les controverses n’ont pas manqué au cours des 70 ans d’histoire du Ballon d’Or.
Mais cette campagne 2026 « est particulièrement marquante par son écho médiatique », déclare à l’AFP Pascal Ferré, ancien rédacteur en chef de France Football, le magazine qui organise la cérémonie, et auteur de « La face cachée du Ballon d’Or » (Albin Michel).
Non seulement les clubs, les entraîneurs et les coéquipiers soutiennent leur candidat, mais ce dernier se bat désormais pour sa cause lui-même.
À lire aussiKylian Mbappé: «Je n'ai jamais coupé le lien avec l’Afrique»
« Il n’y a pas meilleur que moi la saison dernière », a affirmé l’attaquant du Real et de l’équipe de France Kylian Mbappé, précisant qu’il a « toujours été considéré comme l’élu ».
« Je n’ai jamais été l’élu, mais j’ai travaillé dur », lui a rétorqué Ousmane Dembélé, qui souhaite conserver son titre remporté l’an passé.
Le Ballon d’Or récompense « un joueur unique », qui « n’est pas seulement défini par le nombre de buts marqués », a souligné le jeune prodige espagnol Lamine Yamal.
Une multitude de candidats qui se transforme en cacophonie, loin de la campagne beaucoup plus tranquille pour le Ballon d’Or féminin (créé en 2018), au cours de laquelle l’Espagnole Alexia Putellas a affirmé à l’AFP que « le football parlait pour (elle) ».
« Cela reflète aussi le fait que le football masculin et féminin n’ont pas le même niveau de reconnaissance, donc pas le même degré de tumulte médiatique », estime Pascal Ferré.
« Machine à fantasme »
Et de nuancer : « Si le Ballon d’Or masculin suscite autant d’intérêt, c’est parce qu’il demeure une machine à fantasmes, à pression, à intrigue ». Cela prouve qu’il s’agit d’un trophée « qui ne perd pas en crédibilité ou en légitimité ».
« Le véritable tournant est que les joueurs s’impliquent dans la lutte. Auparavant, c’était une campagne de lobbying plus institutionnelle, moins visible avec les clubs et les entourages », déclare à l’AFP Bruno Bianzina, directeur de l’agence de conseil en communication Sport Market. « Aujourd’hui, c’est plus dynamique, avec une volonté de raconter l’histoire des joueurs. »
Si Mbappé s’est exprimé dans le quotidien madrilène As, traditionnel relais du Real, il a également accordé d’autres entretiens, dont une interview remarquée à Radio France Internationale (RFI), orchestrée cette fois par son propre entourage, selon le journaliste Olivier Pron qui a réalisé l’entretien.
« Ils (son entourage) sont en campagne et souhaitent toucher l’Afrique », explique-t-il dans une vidéo publiée par RFI, ajoutant que certains sujets avaient été évités : la politique française, la crise de gouvernance à la Fifa, ou le sujet de Ceuta, l’enclave espagnole au Maroc.
Quelle est la raison d’un tel engagement ? « Il n’y a pas de favoris qui se dégagent dans cette course, chaque joueur estime avoir sa chance et s’efforce de faire entendre son “récit” en orientant les critères en sa faveur », analyse Bruno Bianzina.
Individuel vs collectif
Les critères officiels du Ballon d’Or différencient ainsi les performances individuelles, donc aussi les statistiques, de celles collectives qui sont reléguées au second plan.
Les performances individuelles peuvent soutenir les candidatures de Mbappé, prolifique avec le Real comme avec les Bleus (meilleur buteur de la Coupe du Monde 2026), ou de l’Anglais Harry Kane, bien plus discret médiatiquement malgré une saison incroyable avec le Bayern Munich (61 buts en 51 matches).
Mais aucun des deux n’a soulevé le trophée de la Coupe du monde, contrairement à Lamine Yamal et Rodri, sacrés avec l’équipe espagnole, ou à Ousmane Dembélé et Khvicha Kvaratskhelia, champions d’Europe pour la deuxième fois consécutive avec le Paris SG.
Malgré ces campagnes individuelles, « il y a une vraie coordination entre les clubs et les joueurs », estime Bruno Bianzina. « Le Ballon d’Or fait partie de la mythologie du club », insiste-t-il.
« C’est une plateforme internationale sans équivalent », ajoute Pascal Ferré, mentionnant la diffusion mondiale « dans 180 pays ».
Avec 10 présélectionnés sur 30 (comme l’an passé), le PSG affirme centrer sa campagne sur l’aspect collectif, sans vouloir commenter davantage sa stratégie. Cela ne les empêche pas de mettre en avant, lors d’interviews croisées, Dembélé et Kvaratskhelia, tandis que Fabian Ruiz a eu droit à sa mise en lumière avec plusieurs entretiens individuels.
Lobbying, arguments statistiques, bataille médiatique : ces stratégies portent-elles leurs fruits ?
« Le Ballon d’Or, ce n’est pas un concours de bruit médiatique », rappelle Pascal Ferré.
À lire aussiBallon d’Or 2025: le Français Ousmane Dembélé et l'Espagnole Aitana Bonmati sacrés





